Comment choisir et entretenir le gréement courant de ton voilier

Drisses, écoutes, bosses de ris : sur un voilier, tout ce qui hisse et règle les voiles passe par des bouts. C’est ça, le gréement courant. Le jour où l’un d’eux lâche, tu le sens tout de suite : voile qui tombe sur le pont, réglage impossible, parfois une montée au mât à prévoir.

🧭 Ce qu’il faut retenir

Le gréement courant regroupe tous les cordages mobiles qui servent à hisser, régler et réduire les voiles. Ce sont des consommables : on les choisit selon l’effort qu’ils encaissent et on les change à l’usure.

  • Il ne comprend que des cordages : bôme et tangon sont des espars.
  • Le polyester suffit en croisière, le Dyneema s’impose quand l’allongement te gêne.
  • La charge de travail ne dépasse jamais 20 % de la rupture du cordage.
  • Une drisse mesure environ 2,5 fois la hauteur du mât, 3,5 fois si elle est mouflée.
  • Le ragage peut casser une drisse même neuve : surveille réas et sorties de mât.

Je t’explique ce que tu manipules vraiment, comment choisir et dimensionner tes bouts, et comment repérer l’usure avant qu’elle ne te lâche en mer.

Le gréement courant, c’est quoi exactement ?

Le gréement courant, c’est l’ensemble des cordages mobiles de ton voilier : ceux qui hissent, bordent, règlent et réduisent les voiles. Pour ne pas le confondre avec son voisin, retiens un truc simple : le courant, ça court. Tu agis dessus en permanence pendant la navigation.

À l’inverse, le gréement dormant (étai, haubans, pataras) tient le mât et ne bouge plus une fois réglé.

D’abord en chanvre, puis en partie en câble acier pour les drisses, le gréement courant est aujourd’hui entièrement en textile synthétique. Et quel que soit le type de voilier, sloop, cotre ou ketch, le principe reste le même : seul le nombre de manœuvres change.

Les manœuvres que tu vas manipuler à bord

Connaître ces noms, c’est éviter que ton équipier tire sur la drisse quand tu lui demandes de choquer l’écoute.

  • Drisses : elles hissent et affalent les voiles, une par voile (grand-voile, génois, spi).
  • Écoutes : elles bordent ou choquent la voile pour l’orienter par rapport au vent.
  • Bosses de ris : elles réduisent la surface de grand-voile, ton premier réflexe quand le temps se gâte.
  • Hale-bas : il empêche la bôme de remonter et contrôle la chute de la grand-voile.
  • Balancine : elle soutient la bôme quand la voile est affalée.
  • Cunningham : il tend le guindant de la grand-voile par le bas.
  • Bout d’enrouleur : il roule et déroule le génois sur son enrouleur.
  • Bras et écoute de spi : ils règlent le spinnaker au portant.
Schéma d'un voilier de profil montrant les manœuvres du gréement courant : drisses, écoutes, bosses de ris, hale-bas, balancine et cunningham

Bôme, tangon et vergue n’en font pas partie : ce sont des espars, des pièces rigides. Le gréement courant ne compte que des cordages.

Polyester ou Dyneema, quel cordage choisir ?

Deux matières se partagent tes manœuvres. Le polyester reste la référence en croisière : souple, agréable en main, résistant aux UV. Une double tresse de 10 mm encaisse environ 2 000 kg avant de rompre.

Coupe d'un cordage double tresse comparant une âme polyester et une âme Dyneema, avec leur allongement et leur charge de rupture en 10 mm

Le Dyneema joue dans une autre catégorie. Selon Le Figaro Nautisme, une drisse de 10 mm à âme Dyneema atteint 4 500 kg de rupture pour moins de 1 % d’allongement, contre environ 6 % pour une âme polyester. Ton guindant reste tendu, ta voile garde sa forme.

Le revers, c’est le prix : au moins trois fois plus cher. En septembre 2026, compte 6,20 €/m pour un Lancelin Dyneema 12 et 13,50 €/m pour un Marlow D2 Racing 78 en 10 mm. Côté environnement, Marlow et Gleistein utilisent désormais du Dyneema biosourcé, sans perte de performance.

Le polyamide, lui, est trop élastique pour tes manœuvres : garde-le pour les amarres.

Âme polyester

  • Environ 2 000 à 2 550 kg en 10 mm
  • Allongement de 4 à 6 %
  • Le choix le plus abordable

Âme Dyneema

  • Environ 4 500 kg en 10 mm
  • Moins de 1 % d’allongement
  • Au moins 3 fois plus cher

⚓ Le retour de Julien

Sur le Dufour 360 que je loue chaque été, la drisse de grand-voile était un vieux polyester fatigué. Au près dans 18 nœuds, le guindant se creusait de plis au bout d’une heure. J’ai passé la semaine à la reprendre au winch. Depuis, c’est la première chose que je vérifie à la prise en main d’un bateau de location.

Calculer le bon diamètre et la bonne longueur

Pas besoin d’être ingénieur. Une formule simple, détaillée par ActuNautique, donne l’effort que subit ton cordage :

  1. Charge de travail (daN) = surface de voile (m²) × vitesse du vent² (nœuds) × 0,021.
  2. Charge de rupture minimale = charge de travail × 5. La charge de travail reste ainsi sous 20 % de la rupture, le ratio que retient la société de classification DNV GL pour les amarres, d’après Yacht.
  3. Choix du cordage : un bout dont la rupture dépasse ce chiffre, dans un diamètre compatible avec tes bloqueurs et tes winchs.

Exemple : grand-voile de 25 m² par 25 nœuds. 25 × 625 × 0,021 donne environ 330 daN de charge de travail, soit 1 640 daN de rupture minimum. Une drisse polyester de 10 mm passe largement.

Pour la longueur, compte 2,5 fois la hauteur du mât pour une drisse, 3,5 fois si elle est mouflée. Une écoute de génois mesure 1,5 à 2 fois la longueur du bateau.

⚠️ Piège classique

Faire un nœud de chaise en bout de drisse au lieu d’une épissure. Un nœud divise environ par deux la charge de rupture, alors qu’une épissure bien faite ne lui fait perdre qu’environ 10 %. Dans l’exemple ci-dessus, ta drisse de 2 000 kg tomberait autour de 1 000 kg : sous les 1 640 daN nécessaires.

Repérer l’usure avant que ça casse

L’ennemi numéro un de tes bouts, c’est le ragage : un frottement de quelques millimètres répété des milliers de fois. Comme le rappelle Le Figaro Nautisme, une drisse neuve peut casser si elle frotte contre un réa désaxé ou une sortie de mât à l’arête vive.

Surveille en priorité les réas en tête de mât, les sorties de drisses, les bloqueurs et les bosses de ris, souvent oubliées. Cherche une gaine pelucheuse, une zone aplatie ou amincie, une âme qui apparaît. Sur un cordage à âme Dyneema, une gaine percée expose la fibre aux UV : elle peut alors lâcher en 18 mois environ.

Avant de protéger un bout, corrige son passage, et décale le point de frottement de quelques dizaines de centimètres pour répartir l’usure. Une drisse cassée peut filer dans le mât : sans messager, la récupérer en mer devient très compliqué. Tu achètes un voilier d’occasion ? Passe chaque bout en main pendant l’expertise avant achat.

Entretenir ton gréement courant à l’hivernage

L’hivernage de ton bateau est le bon moment pour chouchouter tes bouts. Rince-les à l’eau douce, laisse-les sécher, puis range-les à l’abri des UV. Remplace tes drisses par des messagers pendant l’hiver : elles ne s’abîment pas en tête de mât et tu les inspectes à plat. À l’achat, prévois une surlongueur pour recouper l’extrémité usée par les réas. Sur un voilier de 10 mètres, on compte environ 200 m de cordages : un vrai budget, autant le faire durer.

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Julien

Technicien en électronique embarquée pendant 8 ans, permis côtier à 22 ans, hauturier à 26. Julien cumule plus de 15 ans de navigation entre Arcachon et l'Atlantique. Il a conçu le programme de formation hauturière d'AFM Plaisance en s'appuyant sur son expérience terrain : les vraies pannes, les procédures oubliées, les pièges que les manuels ne mentionnent pas.

Articles: 98

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