Tu prépares une sortie en mer ce week-end. Gilets ? Dans le coffre. Feux de détresse ? Quelque part à bord. Tu penses être dans les clous — jusqu’au jour où la vedette des Affaires maritimes s’arrête à ton niveau.
L’équipement bateau côtier, ce n’est pas une liste qu’on coche une fois pour toutes. Les normes évoluent, les dates de péremption tournent, et certains équipements que tu croyais obligatoires ne le sont plus — d’autres sont devenus indispensables depuis 2024.
Tu trouveras ici les règles réelles de la Division 240, les budgets concrets par zone, et ce que le chef de bord doit vérifier avant chaque départ.
Cet article en bref
- 4 zones définissent ton équipement obligatoire selon la distance d’un abri
- Les gilets ont des niveaux légaux précis : 100N minimum en côtier
- Fusées parachute : plus obligatoires en côtier depuis 2026
- Budget côtier réel : 400 à 700€ en équipement initial
- Chef de bord seul responsable en cas de contrôle — amende jusqu’à 1 500€
Division 240 : la réglementation qui encadre tout
La Division 240, c’est le texte de référence pour tout plaisancier français. Elle s’applique à tous les bateaux de plaisance de moins de 24 mètres naviguant en mer et définit précisément l’armement de sécurité obligatoire à bord. Si tu navigues en mer, ce texte te concerne directement.
La notion centrale de cette réglementation, c’est l’abri — et pas la côte. Un abri est un lieu où le bateau et l’équipage peuvent se mettre en sécurité sans assistance extérieure. En pratique : par gros temps, une baie exposée aux vagues ou un mouillage devenu impraticable ne compte plus comme abri, même s’il figure sur ta carte. C’est cette distance réelle à un abri sûr qui détermine ton niveau d’équipement obligatoire.
La réglementation organise la navigation en 4 zones progressives, selon l’éloignement d’un abri : basique (jusqu’à 2 milles), côtière (2 à 6 milles), semi-hauturière (6 à 60 milles) et hauturière (au-delà de 60 milles). À chaque saut de zone, l’armement obligatoire s’intensifie. Tu ne navigues pas avec le même équipement pour une sortie dominicale et une croisière de plusieurs jours.
La réglementation évolue régulièrement. En octobre 2024, un arrêté a apporté des clarifications sur le coupe-circuit, le compas magnétique et la VHF. Un nouvel arrêté est prévu en mai 2026. Bonne nouvelle : les textes en vigueur sont publics et consultables directement sur le site du ministère de la Mer. Pas besoin de payer pour y accéder.
Dernier point, et c’est celui qui coûte le plus cher quand il est ignoré : c’est le chef de bord qui est responsable de la conformité du matériel, pas le loueur, pas le constructeur. Si un équipement manque ou est hors d’usage lors d’un contrôle, l’amende va de 750 € à 1 500 € — et elle tombe sur toi. Avant chaque départ, vérifie toi-même chaque pièce de ton équipement bateau obligatoire par zone. C’est ta responsabilité, personne ne le fera à ta place.
Les 4 zones de navigation : équipements adaptés à chaque distance

La réglementation change selon l’éloignement. Voici comment passer d’une zone à l’autre — et pourquoi l’équipement augmente à chaque saut.
| Zone de navigation | Équipements clés obligatoires | Qui est concerné / Exemple concret |
|---|---|---|
| Basique Jusqu’à 2 milles d’un abri |
| Sorties familiales, pêche près du port, balade en semi-rigide le week-end |
| Côtière De 2 à 6 milles d’un abri |
| Tour d’île, passages à 4-5 milles du port, permis côtier hauturier — la zone typique du plaisancier du dimanche |
| Semi-hauturière De 6 à 60 milles d’un abri |
| Croisière côte à côte, étapes avec bivouacs, navigations d’un port à l’autre sur plusieurs milles |
| Hauturière Au-delà de 60 milles d’un abri |
| Traversées de plusieurs jours, navigation hors de portée des secours côtiers, passages offshore |
Le chef de bord choisit sa zone le jour J, en fonction du programme réel prévu. Tu n’as pas l’obligation de sur-équiper ton bateau si tu restes en zone basique — mais tu dois avoir absolument tout ce que cette zone exige, en bon état de fonctionnement. Un gilet périmé ou une lampe sans pile, c’est déjà un manquement. Fais ta checklist avant de larguer les amarres, pas en arrivant au ponton. 🗒️
Gilets de sauvetage : normes NF-EN 12402 et choix selon ta navigation
Le gilet n’est pas qu’un équipement, c’est la pièce qui te ramène vivant. La norme NF-EN 12402 te dit exactement quel niveau tu dois porter — et pourquoi ce chiffre en newtons change tout.
Le niveau 50N (norme ISO 12402-5) est une aide à la flottabilité, pas un vrai gilet de sauvetage. Il maintient à la surface une personne consciente qui nage activement. Réservé à la pêche côtière courte ou aux zones peu profondes. Il ne retourne pas un inconscient.
Le 100N (ISO 12402-4) est le minimum obligatoire en navigation côtière. Il retourne une personne consciente et la maintient la tête hors de l’eau. C’est le plancher légal, pas une option.
Le 150N (ISO 12402-3) retourne une personne inconsciente, même habillée. C’est obligatoire en semi-hauturier et recommandé dès que tu t’éloignes des côtes. La différence avec le 100N, c’est ce retournement automatique qui peut te sauver si tu tombes assommé. Le 275N s’adresse aux eaux froides et aux équipages lourdement vêtus — navigation difficile, conditions hivernales.
Sur autogonflants versus mousse : les autogonflants sont compacts au repos et se gonflent automatiquement à l’eau. Ils coûtent entre 80 et 300 €. Évite absolument d’en acheter un d’occasion : sans historique de maintenance, tu ne sais pas s’il se gonflera vraiment. Les gilets en mousse sont encombrants mais toujours fiables, zéro maintenance, idéaux pour les enfants ou les équipiers peu sensibilisés.
Ce que ça coûte vraiment, en 2026 : un 50N se trouve entre 50 et 80 €, un 100N côtier entre 80 et 150 €, un 150N semi-hauturier entre 150 et 250 €, un 275N hauturier entre 250 et 500 €. Ces prix sont des moyennes marché — compare avant d’acheter. 🔍
En pratique : passer du 100N au 150N en côtier coûte 50 à 100 € de plus par gilet. Beaucoup de loueurs le font d’office, précisément parce que cette sur-sécurisation mineure vaut largement le prix. Vérifie l’étiquetage CE de chaque gilet : il doit indiquer le niveau exact en newtons, la plage de poids et la marque du fabricant. Un gilet sans ces mentions ne compte pas dans ton armement légal.
Équipements de détresse et de repérage : fusées, feux et balises
En cas de problème, tu as quelques secondes pour alerter. Les équipements de détresse ne sont pas gadget — ce sont tes seuls cris à l’aide quand la VHF ne suffit plus.
Trois grandes catégories à connaître : les signaux pyrotechniques et lumineux, les balises de cyalume individuelles, et les balises satellites. Chaque catégorie répond à une portée différente — visuelle, de proximité, ou mondiale.
Les feux rouges à main sont au nombre de 3 en armement côtier obligatoire. Leur durée de vie est de 3 à 4 ans maximum — vérifie la date imprimée sur chaque unité. Compte entre 5 et 15 € l’unité, c’est un budget raisonnable pour ce qu’ils représentent.
Maj 2026 : les fusées parachute et fumigènes ne sont PLUS obligatoires en navigation côtière. Cela change par rapport aux listes de 2024. Vérifie ton armement avant le départ — source : cap-nautique.fr.
Les lampes cyalume sont obligatoires en côtier, à raison d’une par personne, avec une autonomie minimale de 6 heures. Elles servent à repérer un homme à la mer de nuit — ce n’est pas un détail. Prix : 3 à 8 € l’unité. À renouveler selon la date de péremption, comme les feux.
La lampe torche étanche est également obligatoire en côtier comme signal de repérage. Elle peut être remplacée par un signal GPS étanche selon certaines configurations d’armement. Prévois au minimum un modèle résistant à l’immersion. 🔦
L’EPIRB (balise de détresse satellite) est obligatoire en hauturier et fortement recommandée en semi-hauturier. Elle émet un signal capté par les satellites COSPAS-SARSAT et déclenche les secours sans aucune action de ta part. Budget : 300 à 600 €, batterie valable 5 à 10 ans. La PLB (balise personnelle) fonctionne sur la même technologie mais se porte sur soi — elle complète l’EPIRB embarquée sans la remplacer.
La balise AIS/MOB est la tendance 2026 à surveiller. Glissée dans la poche du gilet, elle signale automatiquement une chute à l’eau à tous les navires proches équipés AIS. Prix : 50 à 150 €. Ce n’est pas encore une obligation côtière, mais c’est un investissement qui peut faire la différence en quelques minutes. Consulte les obligations en vigueur concernant les fusées détresse pour ne rien oublier avant de larguer les amarres.
Navigation et orientation : compas, GPS, cartes marines
Savoir où tu es et où tu vas, c’est la base de la navigation côtière. Sans repère de position fiable, tu navigues à l’aveugle — et en mer, ça coûte cher en stress, parfois bien plus.
Le compas magnétique étanche est obligatoire en côtier, conforme aux normes ISO 25862 ou ISO 14227. Bonne nouvelle depuis 2024 : la réglementation admet qu’il peut être remplacé par un système de positionnement satellitaire étanche (un GPS fixe ou portable homologué). Concrètement, si tu embarques un GPS étanche conforme, tu remplis l’obligation compas. Mais le compas reste un filet de sécurité utile en cas de panne électronique. 🧭
Les cartes marines sont indispensables en côtier, en format papier ou numérique. La source officielle, c’est le SHOM (Service Hydrographique et Océanographique de la Marine). Des applications comme Navily ou Tides permettent d’accéder aux cartes marines SHOM directement sur tablette ou smartphone. Une carte papier reste le recours ultime si l’écran lâche — garde-en une à bord, même basique.
Le GPS navigateur n’est pas obligatoire en côtier, mais il s’est imposé dans la pratique. Un GPS portable à 150-200€ te donne ta position, ta vitesse, et facilite l’alerte au sol si besoin. Ce n’est pas du luxe, c’est du bon sens.
La VHF fixe avec ASN est obligatoire en semi-hauturier depuis le 1er janvier 2017. En côtier, elle est recommandée mais pas exigée. La VHF portative étanche, elle, est fortement conseillée en côtier et obligatoire en hauturier comme équipement de secours. Si tu as une VHF à bord — fixe ou portable — l’écoute du canal 16 est obligatoire : c’est le canal universel de détresse et d’appel. Ne pas surveiller le canal 16 quand tu es équipé, c’est une faute réelle, pas un détail administratif.
En pratique, équiper un bateau côtier pour la navigation et l’orientation revient à 200-400€ minimum : compas (50-150€), cartes SHOM papier ou abonnement appli, et un GPS portable (100-300€). La VHF peut attendre si tu restes en côtier strict, mais prévois-la dans ton budget à moyen terme (200-400€ pour une portative étanche). Commence par le compas et les cartes — c’est là que tout part.
Budget réel par zone : de 150€ en basique à 4000€+ en semi-hauturier
Le coût de la sécurité monte vite. Voici un calcul réaliste pour chaque zone — investissement initial et entretien annuel — pour éviter les mauvaises surprises au moment de passer en caisse.
En navigation basique jusqu’à 2 milles, tu t’en sors entre 150 et 300€. C’est la zone la plus accessible : gilets 50N ou 100N, quelques équipements de signalisation, un sifflet, une lampe étanche. Rien d’extravagant.
L’équipement bateau côtier (2 à 6 milles) représente un budget initial de 400 à 700€. Tu intègres des gilets 100N homologués, un compas ou GPS étanche, trois feux de détresse, des cyalumes, une bouée couronne et une trousse de premiers secours. C’est le niveau où chaque poste compte, et où les packs promotionnels font vraiment la différence. Prévoir 100 à 150€ par an pour l’entretien : révision des gilets autogonflants, renouvellement des piles, vérification des extincteurs.
En semi-hauturier (6 à 60 milles), le budget grimpe nettement : compte 2 000 à 4 000€. Le radeau de survie représente à lui seul 800 à 2 500€, la VHF fixe avec ASN entre 1 000 et 1 500€, et une balise EPIRB entre 300 et 600€. L’entretien annuel atteint facilement 200 à 400€.
Au-delà de 60 milles, en hauturier, prévois 4 000 à 7 000€ : radeau hauturier, balise EPIRB, VHF portative étanche de secours. C’est un autre niveau d’engagement, financier autant que technique.
| Zone | Investissement initial | Entretien annuel / renouvellement |
|---|---|---|
| Basique (jusqu’à 2 milles) | 150 – 300€ | 50 – 100€ |
| Côtier (2 – 6 milles) | 400 – 700€ | 100 – 150€ |
| Semi-hauturier (6 – 60 milles) | 2 000 – 4 000€ | 200 – 400€ |
| Hauturier (>60 milles) | 4 000 – 7 000€ | 300 – 500€ |
Pour acheter malin, vise les packs complets plutôt que les achats à l’unité : tu économises 10 à 20% en moyenne. Les mois de mars à mai, avant la saison, sont souvent les meilleurs pour les promos. Les salons nautiques sont aussi de bonnes occasions de négocier.
Attention sur l’occasion : un compas ou une ancre d’occasion, pourquoi pas. Mais un gilet autogonflant ou un radeau de survie acheté d’occasion sans historique de révision, c’est un risque que personne ne devrait prendre. Ces équipements ont une durée de vie et un suivi d’entretien stricts — la norme NF-EN 12402 l’impose pour les gilets. Les fusées et feux de détresse se renouvellent tous les 3 à 4 ans, la batterie d’une EPIRB dure 5 à 10 ans.
Si tu navigues en semi-hauturier une ou deux fois par an, réfléchis à la location d’un radeau plutôt qu’à l’achat. Louer revient à 150-300€ par an — l’achat n’est rentable qu’après cinq ans d’utilisation régulière. Ce que personne ne te dit : louer, c’est aussi avoir un équipement toujours révisé et en conformité.
Ne pas s’équiper correctement n’est pas une économie. Une amende pour défaut d’armement atteint 750€, et un sauvetage en mer mobilise des moyens qui coûtent bien plus cher à la collectivité — et à ta conscience. 500€ investis en armement côtier solide, c’est la mise de départ la plus raisonnable que tu puisses faire avant de larguer les amarres.
Chef de bord : responsabilités et contrôles avant le départ

Tu es chef de bord ? C’est toi le capitaine. Pas le propriétaire, pas le loueur, pas l’école de voile. C’est toi qui décides de la zone, tu vérifies le matériel, et tu réponds de tout ce qui se passe à bord. Pas de raccourci possible.
Trois responsabilités concrètes reposent sur tes épaules avant de larguer les amarres : choisir la zone selon les conditions réelles du jour, vérifier que 100 % de l’équipement obligatoire est à bord, et confirmer que cet équipement est fonctionnel et accessible. Pas rangé au fond d’une soute — accessible.
Voici la checklist à passer avant chaque départ :
- Compter les gilets : un par personne embarquée, pas un de moins
- Tester les lampes et cyalumes : allumage immédiat, autonomie suffisante
- Vérifier les dates des feux de détresse et fusées : la date est inscrite sur le corps de la cartouche
- Contrôler le compas magnétique : monté fixe, non masqué, lisible depuis la barre
- Écouter la météo VHF (canal 16 puis canal météo local) avant d’appareiller
Un point sur la péremption : un équipement périmé équivaut à un équipement absent. Piles mortes dans la lampe, fusées hors date, gilet autogonflant non réarmé après un déclenchement — tout ça, c’est une non-conformité. En cas de contrôle maritime, l’amende peut grimper jusqu’à 1 500 €, et l’agent verbalisera sans discussion.
Le journal de bord est obligatoire en navigation côtière. 🗒️ Consigne le départ, les conditions météo et les incidents. C’est ta protection légale si un litige survient.
Dernier point pratique : gilets et fusées doivent être visibles et attrapables en quelques secondes. Accroche les gilets dans le cockpit ou juste sous le capot. Place les fusées dans un étui rouge identifié, pas au fond d’un coffre encombré. En situation d’urgence, tu n’auras pas le temps de chercher.
FAQ
Quel est l’équipement obligatoire pour un bateau côtier ?
En zone côtière (2 à 6 milles d’un abri), la Division 240 impose : un gilet 100N par personne, trois feux rouges à main, une lampe ou cyalume de six heures, un compas magnétique ou GPS étanche, une bouée de sauvetage pour les bateaux de plus de 250 kg, des extincteurs adaptés et une trousse de secours.
Combien de gilets de sauvetage obligatoires pour un bateau ?
Un gilet par personne à bord, sans exception. En côtier, chaque gilet doit être au minimum 100N conforme à la norme NF-EN 12402. En semi-hauturier, le minimum passe à 150N. En hauturier, entre 150N et 275N selon les conditions prévues.
Est-ce que la VHF est obligatoire en navigation côtière ?
Non, la VHF n’est pas obligatoire en zone côtière stricte (2 à 6 milles). Elle devient obligatoire en semi-hauturier (au-delà de 6 milles) avec fonction ASN depuis 2017. En hauturier, une VHF portative étanche de secours s’ajoute à l’installation fixe.
Qu’est-ce que la division 240 pour les bateaux de plaisance ?
C’est la réglementation française qui fixe le matériel de sécurité obligatoire à bord de tout bateau de plaisance de moins de 24 mètres. Elle définit quatre zones selon la distance d’un abri. Des clarifications ont été publiées en octobre 2024, et une mise à jour complète est prévue en mai 2026 sur la VHF et le compas.


